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Cafés philo (colloques) - Page 6

  • La pensée utopique est-elle souhaitable ? Café-philo du 11 mai 2013

     

    La pensée utopique est-elle souhaitable ?

    Michel Granger, 11 mai 2013

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    « Si vous avez bâti des châteaux dans les airs, votre travail n’en sera pas forcément perdu ; car c’est là qu’ils doivent être. Maintenant, posez les fondations par en dessous. »

    Thoreau, Walden, « Conclusion » (Le Mot & le Reste, 2011, p. 327) 

    *******

    « Pour tenter de comprendre quelle réalité est liée aux statistiques de la croissance, il est utile d’examiner quelques cas particuliers qui aboutissent à des paradoxes. Les discours admettent tous implicitement que son accroissement est un bon signe, sa diminution ou simplement sa stagnation un mauvais signe. Est-ce si sûr ?

    Imaginons que, comme dans un conte pour enfants, la délinquance dans notre pays diminue bientôt rapidement, grâce à l’efficacité du système éducatif ; les adolescents sont heureux dans les cités, mot qui retrouve son sens premier de lieu où les citoyens se rencontrent ; la violence n’a plus l’occasion de se manifester. Dans ce monde à la fois utopique et réalisable, la plupart des moyens mis en place pour lutter contre les comportements délinquants deviennent sans objet ; de nombreux policiers, gardiens de prison, juges, éducateurs spécialisés, se trouvent sans emploi ; le chômage s’étend ; les indices de croissance passent au rouge. Le pouvoir doit-il alors encourager la délinquance dans l’espoir d’améliorer ces indices ?

    À l’opposé, le développement des activités bénévoles laisse hors du domaine des économistes un pan essentiel des rapports entre les citoyens. Les statisticiens ignorent les finalités généreuses et les bons sentiments. Pour eux, la bénévolence est l’ennemie de la croissance.

    Albert Jacquard, Le compte à rebours a-t-il commencé ?
    (Stock, 2009, p. 109-110)

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     (A propos de la justice rigoureuse exercée contre les voleurs) Th. More : « Dans ce cas, la mort est une peine injuste et inutile ; elle est trop cruelle pour punir le vol, trop faible pour l’empêcher. Le simple vol ne mérite pas la potence, et le plus horrible supplice n’empêchera pas de voler celui qui n’a que ce moyen de ne pas mourir de faim. En cela, la justice d’Angleterre et de bien d’autres pays ressemble à ces mauvais maîtres  qui battent leurs écoliers plutôt que de les instruire. Vous faites souffrir aux voleurs des tourments affreux ; ne vaudrait-il pas mieux assurer l’existence à tous les membres de la société, afin que personne ne se trouvât dans la nécessité de voler d’abord et de périr après ? » […]

     

     

    « La principale cause de la misère publique, c’est le nombre excessif des nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d’autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers jusqu’au vif, pour augmenter leurs revenus ; ils ne connaissent pas d’autre économie… »

    Thomas More, L’Utopie (Éditions sociales, 1976, p. 77-78)

     

    Raphaël : « Ce grand génie [Platon] avait aisément prévu que le seul moyen d’organiser le bonheur public, c’était l’application du principe de l’égalité. Or, l’égalité est, je crois, impossible, dans un État où la possession est solitaire et absolue ; car chacun s’y autorise de divers titres et droits pour attirer à soi autant qu’il peut, et la richesse nationale, quelque grande qu’elle soit, finit par tomber en la possession d’un petit nombre d’individus qui ne laissent aux autres qu’indigence et misère. […]

     

     

    Voici ce qui me persuade invinciblement que l’unique moyen de distribuer les biens avec égalité, avec justice, et de constituer le bonheur du genre humain, c’est l’abolition de la propriété. Tant que le droit de propriété sera le fondement de l’édifice social, la classe la plus nombreuse et la plus estimable n’aura en partage que disette, tourments et désespoir. » (Ibid., p. 108)

     

    « Considérez aussi combien peu de ceux qui travaillent sont employés en choses vraiment nécessaires. Car, dans ce siècle d’argent, où l’argent est le dieu et la mesure universelle, une foule d’arts vains et frivoles s’exercent uniquement au service du luxe et du dérèglement. » (p. 127)

     

     

    « Les Utopiens s’étonnent que des êtres raisonnables puissent se délecter de la lumière incertaine et douteuse d’une perle ou d’une pierre ; tandis que ces êtres peuvent jeter les yeux sur les astres et le soleil. Ils regardent comme fou celui qui se croit plus noble et plus estimable, parce qu’il est  couvert d’une laine plus fine, laine coupée sur le dos d’un mouton, et que cet animal a portée le premier. Ils s’étonnent que l’or, inutile de sa nature, ait acquis une valeur factice tellement considérable, qu’il soit beaucoup plus estimé que l’homme ; quoique l’homme seul lui ait donné cette valeur, et le fasse servir à ses usages, suivant son caprice. » (p. 143)

    *******

     « Le vrai réalisme se fonde sur l’incertitude du réel. Le problème est d’être ni réaliste au sens trivial (s’adapter à l’immédiat), ni irréaliste au sens trivial (se soustraire aux contraintes de la réalité), mais d’être réaliste/utopiste au sens complexe : comprendre l’incertitude du réel, savoir qu’il y a du possible encore invisible dans le réel. […]

     

     

    L’éthique complexe est une éthique d’espérance liée à la désespérance.

    Elle garde l’espérance quand tout semble perdu. Elle n’est pas prisonnière du réalisme qui ignore la sape souterraine minant les sous-sols du présent, qui ignore la fragilité de l’immédiat, qui ignore l’incertitude tapie dans la réalité apparente ; elle rejette le réalisme trivial qui s’adapte à l’immédiat, comme l’utopisme trivial qui ignore les contraintes de la réalité. Elle sait qu’il y a du possible encore invisible dans le réel.

     

     

    L’espérance sait que l’inattendu peut arriver, elle sait que, dans l’histoire, l’improbable est plus souvent advenu que le probable. Elle parie sur les potentialités génériques (créatrices, régénératrices) de l’humain. C’est pourquoi elle espère en la métamorphose qui produirait une nouvelle naissance de l’humanité.

     

     

    Comme dit Ernst Bloch, l’espérance est « liée au pas-encore, à l’aurore à venir, à ce dont le monde est plein et qui risque de ne jamais voir le jour, mais à quoi on demeure fidèle ».

    Edgar Morin, La méthode 6 : Éthique (Seuil-Points, 2004,
    p. 103, 253)

     

    contact : g.dru@orange.fr

     

  • Alain Badiou, Philosophe

    ALAIN BADIOU

     

    Biographie :

     

    b4dc461b0e.jpgAlain Badiou est le fils du résistant Raymond Badiou, professeur de mathématiques qui devint Maire SFIO de Toulouse de 1944 à 1958. Il suit des études à la Sorbonne et à l'École Normale Supérieure (ENS) de Paris d'où il sort agrégé de philosophie en 1962.

     

    Après ses études, Alain Badiou entame une carrière de Professeur de philosophie, d'abord à Reims, puis à l'université Paris VIII-Vincennes Saint-Denis. Pendant les années 1960, il s'engage parallèlement en politique et devient l'un des intellectuels les plus actifs du maoïsme français. Fidèle à ses convictions il restera jusqu'à aujourd'hui encore un ardent défenseur du Communisme et la politique occupera une grande part de sa vie et de sa réflexion critique.

     

    De 1989 à 1995, Alain Badiou dirige un programme au Collège International de Philosophie (dont il a participé à la fondation avec Jacques Derrida, François Châtelet, Jean-Pierre Faye, Dominique Lecourt et Jean-François Lyotard) avant d'être nommé Professeur (1999) puis Professeur émérite à l'ENS de la rue d'Ulm où il a fondé un centre de recherches: le Centre International d'Etude de la Philosophie Française Contemporaine (CIEPFC).

     

    Philosophe, dramaturge, essayiste, romancier, penseur politique dérangeant et polémiste, passionné de mathématiques fondamentales et de logique formelle, Alain Badiou est l'auteur d'une oeuvre riche et multiforme. Logiques des mondes (2006).

     

    À titre d'éditeur, Alain Badiou a co-dirigé de 1991 à 2007 la collection L'Ordre Philosophique aux Editions du Seuil et dirige depuis 2007 la collection Ouvertures aux éditions Fayard. Il est également l'auteur de nombreux articles sur la poésie, la psychanalyse, les mathématiques et la politique.

     

    Alain Badiou anime par ailleurs Les Conférences du Perroquet et est Membre perpétuel de l'Académie de philosophie du Brésil. Il est aujourd'hui considéré dans les universités du monde entier comme l'un des plus grands philosophes français vivants.

     

    PhIlosophie :

    Dans ses travaux de philosophie à proprement parler, dont les plus importants sont L’Être et l’Événement (1988), suivi en 2006 de Logiques des mondes. L’Être et l’Événement 2, Alain Badiou soutient la thèse que l'ontologie (théorie de l'être) est identique aux mathématiques et, plus spécifiquement, à la théorie des ensembles, et que la phénoménologie (étude des degrés de l'apparaître et de l'événement) est indistinguable de la logique, qu'il associe à la théorie des topos. Une des grandes thèses qui émergent de ces textes est que, du point de vue de l'être, rien n'appartient à soi (conséquence de l'axiome de fondation) et que l'événement n'est possible que s'il y a précisément une telle auto-appartenance. En conséquence, l'événement n'est pas. On doit également mentionner, pêle-mêle, son concept de « matérialisme démocratique » (il n'y a que des corps et des langages), opposé à celui de « dialectique matérialiste » (il n'y a que des corps et des langages, sinon qu'il y a des vérités), son appréhension de l'être, comme multiple et non comme un, sa théorie lacanienne du sujet, son exploitation du forcing de Paul Cohen dans une conception originale de la vérité, les quatre ancrages de sa théorie : l'amour, l'art, la politique et la science...

    Ces deux textes élaborent un système métaphysique de type à la fois traditionnel, par son caractère englobant et synthétique, et nouveau, par son intégration de théories mathématiques contemporaines, comme les constructibles de Gödel, le « forcing » de Cohen, la logique interne des topos, etc. Il participe ainsi, sans doute à son corps défendant, au renouveau de la métaphysique, auquel on assiste, par ailleurs, dans le monde de la philosophie analytique.

    Ouvrages exigeants, on abordera plus aisément les principaux concepts « badiousiens » en lisant d’abord le recueil Conditions, préfacé par François Wahl, ou les trois courts volumes Abrégé de métapolitique, Petit manuel d’inesthétique et Court traité d’ontologie transitoire, parus en 1998.

     

    Renommée :

    Fondateur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine[16], Alain Badiou est aujourd'hui une figure de renom de la vie intellectuelle française ; ses livres Le Siècle et De quoi Sarkozy est-il le nom ? (2007) ont connu un important succès de librairie. Depuis la mort de Jacques Derrida en 2004, il est l’un des philosophes français les plus connus à l’étranger (notamment en Amérique latine, aux États-Unis et en Asie

     Ses oeuvres :

    • Peut-on penser la politique ?, Paris, éd. Seuil, 1985
    • L’Être et l’Événement, Paris, éd. Seuil, 1988
    • Manifeste pour la philosophie, Paris, éd. Seuil, 1989
    • Le Nombre et les Nombres, Paris, éd. Seuil, 1990
    • Conditions, Paris, éd. Seuil, 1992
    • L’Éthique, essai sur la conscience du mal, Paris, éd. Hatier, 1993 (réédition Nous, Caen, 2003)
    • Deleuze, Paris, éd. Hachette, 1997
    • Saint Paul. La fondation de l’universalisme, Paris, PUF, 1997
    • Abrégé de métapolitique, Paris, éd. Seuil, 1998
    • Court traité d’ontologie transitoire, Paris, éd. Seuil, 1998
    • Petit manuel d’inesthétique, Paris, éd. Seuil, 1998
    • Le Siècle, Paris, éd. Seuil, 2005
    • Logiques des mondes. L’Être et l’Événement, 2, Paris, éd. Seuil, 2006
    • Le Concept de modèle. Introduction à une épistémologie matérialiste des mathématiques, Paris, éd. Fayard, 2007 (réédition augmentée d’une longue préface du livre publié en 1969 et devenu introuvable).
    • Petit panthéon portatif, Paris, éd. La Fabrique, 2008. (Extrait en ligne)
    • Second manifeste pour la philosophie, Paris, éd. Fayard, 2009
    • L'Antiphilosophie de Wittgenstein, Paris, éd. Nous, 2009 - (ISBN 978-2-913549-05-0)
    • Éloge de l'Amour, Paris, Flammarion, 2009 - (ISBN 978-2-08-123301-0)
    • « L'Événement Crise » in Regards sur la crise. Réflexions pour comprendre la crise… et en sortir, ouvrage collectif dirigé par Antoine Mercier avec Miguel Benasayag, Rémi Brague, Dany-Robert Dufour, Alain Finkielkraut, Élisabeth de Fontenay…, Paris, éd. Hermann, 2010
    • Heidegger. Le nazisme, les femmes, la philosophie, avec Barbara Cassin, Paris, éd. Fayard, 2010
    • Il n’y a pas de rapport sexuel. Deux leçons sur « L’Étourdit », de Lacan, avec Barbara Cassin, Paris, éd. Fayard, 2010
    • La Philosophie et l'Événement, entretiens avec Fabien Tarby, éd. Germina, 2010
    • Cinq leçons sur le cas Wagner, Nous, 2010
    • Le Fini et l'Infini, Bayard, 2010
    • La Relation énigmatique entre politique et philosophie, éd. Germina, 2011
    • La République de Platon, Fayard, 2012
    • L'aventure de la philosophie française, La fabrique éditions, 22 octobre 2012.

     

  • "La désobéissance", Compte-rendu du souper-Philo du 26 novembre 2011

    COMPTE-RENDU DU SOUPER PHIL

    DU 26 NOVEMBRE 2011

     

    THEME : "La Désobéissance"

    Nombre de présents : 20 

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    La rencontre a débuté par la projection d’un passage du film documentaire sur la "Désobéissance civile" (film de Louis Campana), abordant le sujet sous l’angle historique, juridique et philosophique.

         Georges Dru a ensuite donné des indications étymologiques à propos des verbes obéir et désobéir, et une définition du concept de désobéissance. Cela a permis de lancer le débat, qui s’est engagé principalement sur l’aspect social et politique, à travers quelques exemples concrets tirés de l’histoire de certains peuples (Inde, Afrique du Sud, Amérique…), ainsi que de l’actualité.

         Nous pouvons citer certaines phrases recueillies pendant ce débat :

     "Obéir, c’est rester dans le droit chemin, désobéir, c’est prendre des risques»

    "La désobéissance est-elle toujours suffisante ?"

    "La désobéissance engendre la violence. Y a-t-il des violences légitimes ?"

    "Parfois, une forme de violence est nécessaire pour se faire entendre, pour permettre le débat"

    "On entre en désobéissance, car on a des convictions"

    "La désobéissance comme refus pacifique de ce qui ne correspond plus à nos valeurs, est-elle encore suffisante aujourd'hui ?"

    "Quand on n’est pas le plus fort, on peut être le plus malin ; quels sont les chemins de traverse ?"

    "Le savoir peut-il aider à stopper l’impression de fatalité imposée par un pouvoir tyrannique et/ou totalitaire ?"

    "La désobéissance peut-elle conduire à la mise en place d’autres alternatives, actives et constructives ?"

    "La désobéissance, c’est une façon d’arrêter de subir ou l'inverse de tout le temps subir" : Désobéissance collective;

    "Le mouvement de masse permet d’obtenir la négociation".

    "Valeur de la désobéissance : S’élever contre l’indigence, l’indignité".

         Les échanges ont été très enrichissants, et se sont poursuivis avec un bon souper improvisé par tous les participants.

         Merci à Pierina pour ce rapport concis.

        Pauline m'a dit avant de partir : "Désobéissez, vous ne désobéirez jamais assez". C'est une provocation à laquelle je vais tenter de répondre.

         Pour ma part, j'y ajoute que le concept d'obéissance est entré dans la langue pour légiférer en 1120 l'église de Rome. Il provient du latin : "obœdire", qui signifie "écouter" en Hébreu, dans la Bible. Vers 1280, désobéir entre dans la langue, trois années après une grande crise théologique de la faculté de Paris.

         Des articles philosophiques sont condamnés par le pape à la demande de l'évêque Etienne Tempier. Dès lors ce concept a d'emblée une signification négative qui l'oppose à l'intentionnalité ecclésiastique et surtout à son infaillibilité. Cette grande crise dans l'Université de Paris en 1277 +9était causée par des philosophes, qui enseignaient la philosophie en provenance des commentaires d'Averroès, mort en 1198, qui transmettait la philosophie d'Aristote. Siger de Brabant en était le principal responsable et dut fuir Paris pour ne pas être sous les foudres de l'Inquisition.

         Désobéir n'a plus le même rapport au monde et je vais dire pourquoi : Les discours infaillibles sont lourds d'une intentionnalité cachée qui exige la soumission. Ils demandent au sujet de produire avec un ordre qui le rend coupable de ne pas obéir. Or, si l'ordre qui est donné met en jeu la vie du sujet, il cède et fait ce qui lui est demandé pour garder sa vie sauve. C'est ce que demandent tous les pouvoirs, sans même en réalité menacer le sujet de mort, mais souvent d'être privé d'une reconnaissance.

         La désobéissance peut être soupçonnée de déviance ou de faire acte de résistance, de surdité ou d'insoumission, de désertion... C'est de la qualité persuasive et infaillible de l'ordre que dépend la désobéissance, qui est soit une réaction juste, soit au contraire qu'elle serait animée d'une intention de détruire infaillible. C'était une parole d'Hitler : "Je veux une jeunesse infaillible et cruelle". Si une politique autorise la désobéissance et fait que le meurtre, la vengeance, la destruction soient permis sans jugement et sans discerner le bien du mal, elle devient irrecevable et sans loi devant la Loi.

         La désobéissance devient alors un devoir de survie pour tenter une sortie du cauchemar. Cette fuite signifie qu'il ne faut pas céder sur son désir, puisque la vie du sujet se voit menacée de mort par l'anti-loi. Pourquoi resterait-il, là privé de la reconnaissance par l'autre, dans une absence totale d'égalité et d'ouverture vers un futur nécessaire à la vie.

         Instaurer la confiance réciproque, c'est sortir de l'absurdité d'une situation invivable et dans ces conditions, la désobéissance trouve une face réelle positive. Les mystiques trouvent cette réciprocité de la béatitude infinie dans l'âme intellective, qui est le lieu de l'incarnation de la Parole de Dieu. Mais je puis dire que sans la connaissance que j'ai de la philosophie du Moyen Age, je ne pourrais écrire cela. Comme les philosophes contemporains le disent, maintenant, notre monde est désenchanté et surtout matérialiste et productif de valeurs financières et frappé de surimpressions, par l'infinité des discours des experts qui se présentent comme infaillibles aux médias.

         Merci pour m'avoir poussé à dire si loin dans la désobéissance, mon point de vue. Il ouvre à la vie politique et c'est bien sur ce fond qu'ont porté les propos de chacun, du point de vue social ou soit plus personnel. Je dirais que c'est la parole du sujet qui veut se faire connaître en raison du fait qu'il a reçu un nom commun, une fonction et des responsabilités...

         Donc, avec ou contre un ordre des choses, il rentre en action. Il peut aussi bien le faire que ne pas le faire et c'est sa jouissance de la vie qui vient toujours en premier. Or cette jouissance peut vouloir ou bien ignorer d'autrui, la vie.

         En face de l'absence d'amour, désobéir devient une nécessité et cela parce que c'est la tyrannie, la colère et le mépris qui défont la loi. Donc, il y a carence de Loi ou de Nom. Il n'y a plus de reconnaissance du nom et il n'y a plus que la violence dangereuse, meurtrière entre les groupes d’individus ou entre les individus. L'individu, sujet, réfléchit et c'est ce qui est insupportable dans une telle absence de politique ou règnent aussi une absence de règles juridiques. Les étrangers peuvent se trouver soumis à de telles inégalités, donc exposés à des conditions de survie qui les obligent à des actes de désobéissance sociale.

         Les immigrés, comme les déportés désobéissent pour retrouver dans l'intime ce qu'ils ont perdu, de droits et réclament avec plus ou moins de patience, que leur être de parole soit reconnu dans un pays d'accueil. La désobéissance fait symptôme où il y a une absence d'égalité des droits.

         Le mutisme en est une forme, comme voler ou se suicider. C'est la désobéissance des lieux concentration pénitenciers. En ce cas, le négatif ne vient pas de la seule désobéissance. Dans les limites du pouvoir si parler, échanger, vivre, tout cela devient interdit ou proscrit, alors la désobéissance devient fatalité ou une déviance qui détruit la vie du sujet et il renonce alors aux obligations véritables.

         Eichmann, pour sa défense, lors de son procès à Jérusalem, pouvait dire qu'il n'avait fait qu'obéir comme l'avait écrit Kant dans ses théories de philosophie morale. Désobéir serait donc la vérité pour la survie et qui s'opposerait à la violence du sacrifice humain, pour au contraire, imposer le respect du plus faible...

         La véritable obéissance devrait conduire chacun jusqu'à ce point d'une servitude aimante. Ceci dit, démontre qu'il est encore possible d'obéir à un mensonge, au lieu de désobéir par la loi de l'amour...