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Cafés philo (colloques) - Page 4

  • THEATRE ET PHILOSOPHIE

     

     

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    THEATRE et PHILOSOPHIE

    Bibliographie :

    Pour traiter du théâtre en philosophe, il m'a paru important pour notre réflexion, de convoquer quelques références philosophiques :

    - Platon : « La République » (livres 3 et 10)
    - Aristote : « La Poétique »
    - Nietzsche : « La Naissance de la tragédie »
    - Marx : « Les manuscrits de 44 » et « Le Capital » (livre 1 Tome 1)
    - Debord : « La société du spectacle » (1967)
    - Alain Badiou : « L'éloge du théâtre » (2013)

    Choix non exhaustifs (j’aurais pu convoquer Sartre, Deleuze, etc....) mais choix qui vont je crois, nous permettre de nous orienter dans la question et d'introduire notre débat. 

    Introduction 

    Notre question consiste à nous interroger sur la possibilité pour le théâtre de nourrir une réflexion philosophique. Le théâtre avec tout son outillage technique, scénique, le spectacle qu'il propose à un public, peut-il faire penser ou bien n'est-il qu'un divertissement (au sens pascalien du terme) ? 

    Pour entrer dans la question, il m'a paru essentiel de revenir d'abord aux sources, en Grèce, lieu d'émergence pour notre culture du théâtre et de la philosophie. 

    Plan  

    1. Le conflit : le philosophe, ennemi du théâtre :

      a: Les termes du conflit avec Platon

      b: L’alliance avec Aristote

      c: Le retournement de la tradition avec Nietzsche

    2. Le théâtre dans le « chaos marchand »  contemporain

      a: Aliénation et fétichisme de la marchandise chez Marx

      b: La « société du spectacle » avec Debord

      c: La société du « divertissement » avec Badiou

    3.  A quelles conditions le théâtre peut-il faire penser ?

      a: Les obstacles: les apories de l’expérimentation (théâtre comme monstration, présentation corporelle)

      b: Le spectacle comme « représentation » : exemple de la comédie

      c: Le texte et le jeu d'acteur

     

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    Alain Badiou

     1.  Le conflit :

    a: Ses termes : Selon Badiou, théâtre et philosophie forment un vieux couple de 2500 ans où ce qui domine de la part des philosophes par rapport au théâtre, est un vieux réflexe de défense comme si le théâtre était porteur de danger pour l'homme et la société et au mieux ,à surveiller, au pire à censurer voire à bannir de la cité ce que propose Platon dans la République. On aura comme ça, au cours de toute notre histoire un courant religieux et philosophique qui critiquera avec beaucoup de virulence les spectacles (Rousseau par exemple au 18ème) Pensez aussi au statut des comédiens mis par leur métier au ban de la société.

    Mais pourquoi une telle virulence ? Eh bien, peut-être parce que le théâtre apparaît d'emblée comme porteur d'une redoutable efficacité : il s'adresse à des foules et agit sur elles par des moyens puissants, par le biais des sens et des émotions, déchainant les passions, de sorte que le philosophe n'est pas de taille à lutter contre lui.

    La preuve : l'impact de la comédie d'Aristophane « Les Nuées » qui présente Socrate comme un vieux fou de sophiste et qui jouera un rôle déterminant dans le procès du philosophe et sa condamnation à mort par la cité d'Athènes.

    On applaudit le poète et on condamne le philosophe. Lui qui ne s'adresse qu'à de tous petits groupes et exige la rigueur d'un raisonnement logique dont l'aridité n'est pas toujours plaisante pour celui qui la pratique.

    Réaction de Platon : le poète est un « charlatan qui abuse les naïfs », réaction d'autant plus violente de Platon qu'il lutte certes pour défendre Socrate, mais d'abord contre sa propre nature qui le portait tout jeune vers la poésie et le théâtre et fait qu'il ne pourra malgré tout détruire son immense admiration pour Homère.

    Justification philosophique de cette condamnation : le poète tourne le dos à la vérité car il produit des images qui ne sont que la copie d'une copie, des images au second degré. Le poète est un producteur d'ombres, celles qui défilent sur la paroi de fond de la caverne dans le mythe du même nom et font vivre le peuple dans l’illusion. Le rôle du philosophe est donc de détourner les hommes de ces images illusoires pour les tourner vers le réel, à l'extérieur de la caverne. Tâche ingrate, car les hommes aiment leurs illusions et sont prêts à tuer pour les conserver.

    Cf: livre 10 de la République : la métaphore du lit : Lit réel : idée du lit, modèle transcendant dont tous les lits produits par les artisans ne sont que des imitations et le lit peint par l'artiste une imitation d'imitation.

    Paradoxe : pour accomplir cette tâche difficile de conversion philosophique, la solution de Platon va consister à écrire des dialogues qui seront joués au théâtre, c’est-à-dire à donner une forme théâtrale à la philosophie mettant en scène le personnage central du philosophe.

    Badiou remarque ainsi que toute critique du théâtre finit par le renforcer en produisant du théâtre sous une autre forme (ex : Rousseau condamnant les spectacles comme représentation des passions négatives, prône la fête civique comme présentation du peuple par lui-même .cf : fête de l'Etre Suprême des révolutionnaires).

    b: l'alliance (Aristote) : Le mérite d'Aristote contre Platon sera précisément de ne pas opposer systématiquement l'art et le concept, le théâtre et la pensée pour montrer que si la pensée se développe pleinement dans la sphère du rationnel (philosophie), elle s'élabore d'abord dans la poésie sous une forme sensible. Le théâtre ne nous induit donc pas en erreur, mais il est un moyen de faire réfléchir le public, en agissant sur sa sensibilité, ses passions.

    téléchargement.jpgLe spectacle doit provoquer chez les spectateurs des émotions comme la crainte et la pitié qui produisent une catharsis, c’est-à-dire une purgation des passions. On a beaucoup glosé sur le concept de « catharsis » chez Aristote en lui donnant un sens moral. Or, outre son sens purement médical, il me semble qu'il a d'abord un sens esthétique d'où l'accent mis par Aristote sur les règles de composition d'une bonne tragédie dans « La poétique ». Dans une tragédie bien composée, le public doit s'identifier aux malheurs du héros mais avec la distance mise par le spectacle qui permet d'éprouver un plaisir esthétique là où dans la réalité, la situation vécue produirait de la peine et de la douleur.

    Les limites d'Aristote pour notre sujet, sont :

    1) Qu'il ne s'intéresse dans la poétique malgré ses promesses qu'à la tragédie et à l'épopée, ne disant pratiquement rien de la comédie dont Hegel dira pourtant qu'elle est un art supérieur.

    2) Que pour lui, le spectacle est accessoire et qu'une bonne tragédie peut se contenter d'être lue ,le reste n'étant qu'affaire d'argent et de moyens techniques. Or, il nous semble que le spectacle est le moment central ici et maintenant, où le miracle de la rencontre avec le public a lieu -ou pas- !

    c: Le retournement : (Nietzsche) : Là, je ne suivrai pas Badiou qui dit finalement, Nietzsche et Platon, même combat : l'un utilise les images du mythe pour faire comprendre sa philosophie, l'autre utilise la métaphore de la danse pour illustrer la pensée. En réalité, si Platon annexe les moyens poétiques pour servir la pensée conceptuelle, Nietzsche lui, détrône la pensée conceptuelle dont il fait une forme affaiblie de l'imagination : le concept ne dit pas la vérité du sensible, mais le concept, c'est de l'image figée et affadie. Donc, l'image ne dit pas le faux, mais nous rapproche du vrai. L'illusion prend avec Nietzsche un statut positif de productrice d'une vérité supérieure.

    téléchargement (1).jpgLa limite, pour notre sujet, c'est que Nietzsche donne le pas à la musique sur la parole, le texte. Cf: Dans la naissance de la tragédie, il renverse l'ordre aristotélicien de classement entre les 3 grands tragiques : Eschyle, Sophocle, Euripide. Pour Aristote, le meilleur, c'est Euripide, pour Nietzsche, c'est Eschyle pour des raisons inverses : la place de la musique et du chœur qui diminue au profit de la parole. Mais si la musique est importante au théâtre, il nous semble que la 1ere place revient au texte dit, donné au public par l'acteur

    En conclusion de ce 1er point, il nous semble artificiel d'opposer théâtre et philosophie au prétexte que l'un s'adresse à la sensibilité des spectateurs, l'autre à sa raison. En fait, selon Badiou, Théâtre et Philosophie ont un objectif commun : nous orienter dans notre existence et dans le monde par la pensée. Pour Badiou, le théâtre n'est pas un miroir du monde -ce qui conduirait à l'accepter tel qu'il est -, mais « un éclaircissement du monde ».

    Seuls diffèrent les moyens : directs pour la philosophie, dans le rapport du maitre à l'élève. Certes, la forme est rationnelle, mais n'y a-t-il pas un rôle d'enseignant, un théâtre de l'enseignement ?

    Indirects pour le théâtre qui s'adresse aux émotions et engage dans ce qui est donné immédiatement à voir et à entendre.

    On comprend dès lors que le pouvoir se méfie toujours du théâtre comme activité subversive et critique, où le spectateur est invité à orienter sa vie pour sortir de la confusion d'un réel proposé surtout aujourd’hui, comme seule réalité possible. D'où la tentation depuis les grecs d'institutionnaliser cette pratique, ce qui permet à l'Etat de la controller voire de l'orienter...

    2.  Le théâtre et le néo-libéralisme contemporain :

    a: La marchandisation en système capitaliste : Dans les manuscrits de 44, Marx montre comment alors même que le travail est naturel à l'homme et lui permet de se réaliser en donnant au monde la forme de sa pensée (cf : Hegel), le système capitaliste et son organisation du travail (parcellisation des taches, exploitation de la valeur d'usage en valeur marchande) rendent le travail aliénant pour l'homme en le séparant de sa production et de la richesse produite par son travail.

    Le Capital poursuit cette analyse en montrant que le système capitaliste réduit les relations sociales à un marché d'échange entre des marchandises (fétichisme de la marchandise), privant les hommes de conscience sociale en jetant un voile sur les questions politiques en jeu dans les relations sociales.

    Cf: 1ère phrase du Capital : « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises » ce qui produit un double mouvement : personnification des choses et « chosification » des personnes et conduit à un isolement des individus en détruisant le lien social (Colette Soler, psychanalyste lacanienne, montre que dans ce système, il n'y a que des « uns »).

    b : La société du spectacle : G.Debord, prolongeant cette analyse, commence son ouvrage ainsi : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production, s'annonce comme une immense accumulation de spectacles ». Selon lui, le spectacle (l’image au sens large c’est-à-dire le cinéma, la TV, internet, la pub, les meetings politiques, les concerts, la starification, etc...) constitue le stade achevé du capitalisme, le pendant concret de l'organisation de la marchandise, au sens où, à travers ces images, l’appareil de propagande du système impose de manière sournoise, diffuse, son idéologie économique. De ce fait, l'homme est doublement aliéné dans une vie qui n'a plus à travers l'image, que l'apparence truquée du vrai.

    Limites de cette analyse : si toute production d'images ne peut être qu'aliénante et illusoire, ne fait-on pas ici retour à Platon pour qui toute image est illusoire ? Et si rien ne peut résister à la propagande dominante, le cinéma de Debord lui-même appartient de facto à la société du spectacle, ce qui invalide en partie sa critique.

    c: la société du divertissement : Avec Badiou, nous préférons donc montrer que si le risque d'aliénation dans l'image est bien réel dans une société comme la nôtre, il y a des images qui résistent à l'aliénation et ont même pour fonction de la dénoncer. C'est, me semble-t-il ce qui distingue le vrai, le bon théâtre du mauvais théâtre que nous appellerons avec Badiou, le théâtre de divertissement.

    Le mauvais théâtre, c'est le théâtre installé, soutenu d'ailleurs souvent par les pouvoirs, dans une routine conservatrice et/ou consumériste, un théâtre de masse, faussement populaire dont le modèle passé est l'opérette et dont le modèle présent est la comédie musicale à l'américaine avec ses budgets pharaoniques. Ce théâtre oscille, toujours selon Badiou, entre des reprises fadasses ou remises au goût du jour, des classiques pour public scolaire et des spectacles « spectaculaires » qui cherchent à nous faire oublier nos soucis, à nous procurer l'évasion bref, à nous décerveler à grand renfort de vidéo, de musiques à la mode, de répliques percutantes, de clichés ,de surjeu des acteurs, de comique ,etc. Bref, ce théâtre-là utilise les moyens de théâtre (décors, acteurs, lumières, etc.), mais son but n'est pas de nous faire réfléchir, de nous orienter, mais de conforter le public dans des opinions qu'il croit libres alors qu'elles sont déjà modelées sur les opinions dominantes.

    But de ce théâtre ? IDEOLOGIQUE 

    Moyen ? LE RIRE. Mais ici, le rire est un rire de connivence, de complicité avec l'ordre ambiant, sorte de preuve qu'il n'y a pas d'alternative au monde tel qu'il est, qu'il faut « faire avec ».

    3.  Le théâtre comme libérateur pour la pensée et l'action.

    a: Les impasses de l'expérimentation théâtrale : Pour réagir contre ce théâtre au service de l'idéologie dominante, certains artistes d'avant -garde tentent des expériences : faire sortir le théâtre de ses cadres traditionnels : la salle de spectacle (performances hors les murs dans les endroits les plus improbables ou au contraire les plus quotidiens), la passivité des spectateurs (qu'on essaie de faire interagir avec les acteurs), le texte (qui disparaît, remplacé par les cris, les onomatopées ,la musique, les images), la représentation (qui devient présentation d'un corps, comme depuis Duchamp, un artiste peut présenter comme une œuvre un objet sorti de sa fonctionnalité quotidienne). La difficulté, est qu'on aboutit souvent en voulant tout déconstruire à un théâtre sans théâtre, réduit à la présence de corps montrés dans la violence de leur fonctionnement naturel. Déconstruire est nécessaire mais pas suffisant à la création qui exige une construction nouvelle.

    b: La représentation : A.Vitez disait que tout vrai théâtre est une représentation d'idées. Mais l'idée est ici proférée par des acteurs qui parlent et agissent dans un espace scénique, ici, maintenant, dans un rapport frontal aux spectateurs qui, bien qu'assis ne sont pas réduits à la passivité, mais vont recevoir si le spectacle est réussi, sa charge émotionnelle et questionnante.

    En ce sens, le vrai théâtre est le lieu d'apparition vivante de l'idée, incarnée par la voix et les mots des acteurs. Dans ce temps magique du spectacle, avec sa part d'aléatoire, l'émotion est porteuse de sens pour l'existence individuelle et collective. Le bon, le grand spectacle est toujours un événement collectif où s'opère la modification active du spectateur. Comique ou tragique, le grand théâtre, figurant le jeu des passions, organise l'énergie d'en bas (celle des pulsions, des archétypes qui peuplent notre inconscient) avec la sphère d'en haut(celle de la pensée)

    Exemple de la comédie : le rire de la comédie est un rire qui révèle que le monde tel qu'il est ne va pas de soi, qu'on nous apprend à respecter des inepties ou des hiérarchies qui sont contestables. C'est un rire qui dévoile la vérité cachée et souvent monstrueuse derrière ce qu'on nous présente comme des valeurs incontournables. Ainsi, la comédie ne nous divertit pas mais nous met dans l'inquiétante joie de rire de l'obscénité du réel, de le mettre à distance pour ne plus être dominés par lui (cf. F.Brecht, Ionesco, Beckett)

    c: Le théâtre, dès ses origines, renvoie à l'omniprésence de l'image (masques, costumes, décors, etc…) mais c'est un être hybride, qu’on ne saurait réduire à la présence de corps sur scène.

    Le théâtre, c'est d'abord un texte .Badiou considère que la représentation théâtrale est comme un embarquement pour une traversée émotive et pensante, dont toutes les grandes œuvres de tous les temps et de tous les lieux sont comme l'horizon, le trésor symbolique. Le jeu de l'acteur au service de ce texte, déplie dans la lumière fragile de la scène, une proposition sur le sens de l'existence, mais le grand art consiste ici, non à surjouer, mais à ouvrir des possibles, à dire sans le dire le secret de toute subjectivité individuelle

    Exemple : le génie de Molière (en quoi il transcende son époque) c'est de mêler l'énergie corporelle de la farce à l'expression raffinée des passions et des choix en utilisant pour cela tous les moyens techniques du jeu (comedia dell'arte) mais aussi de la musique et de la danse.

    Conclusion

     

    Dans le monde de confusion qui est le nôtre, où la transcendance s'évanouit pour laisser place au nihilisme, où nous confondons nos désirs et nos intérêts pour telle ou telle marchandise, plus que jamais nous avons besoin d'un théâtre qui nous montre la possibilité d'un choix inédit pour notre liberté. Dans ce monde machinal dominé par les machines, nous avons besoin du théâtre pour réaffirmer notre commune appartenance à l'humanité.

    Pour cette tâche, le théâtre comme pour Mallarmé, me semble le plus complet des arts.

     

     

  • PHILOSOCRATIE, EVENEMENTS ET DATES 2014

    LA PHILOSOCRATIE

     

    cafe-philo-logo.pngAgora PHILO Lyon reçoit tous les publics qui s'ouvrent à la "Philosocratie". Socrate aurait dit un jour: "Je suis un citoyen du monde"? Quel monde? Pas celui-ci, c'est sûr. Il n'imaginait pas qu'il fût. Platon écrivait sur le dos de Socrate, qui servit de pupitre à plus d'un philosophe et à Platon le premier, après qu'il eut déjà bu la ciguë. "La philosocratie", c'est une affaire de Platon, une de ses inventions pour changer la politique, comme celle du pouvoir politique montré dans la Caverne, pas tolérant vis-à-vis de ceux qui naissent pandémiens et esclaves. L’équipe d'Agora philo Lyon se veut à la fois politique et tolérante, depuis déjà une quinzaine d’années, avec tous les citoyens du monde qui luttent contre l'esclavage, la misère et les souffrances des femmes et des enfants.

    Les cafés-philo sont au :

    Théâtre du Carré 30

    12, rue Pizay

    69001LYON

    près de l’Hôtel de ville et de l’Opéra. Métro, ligne A.

     

    Agora PHILO Lyon souscrit aux actions de Philolab qui encadre plusieurs formes des Nouvelles Pratiques Philosophiques (N.P.P.). Vous trouverez le site de Philolab sur Internet.

     

    imagesCJVH72VA.jpgHiméros de Marseille et Agora PHILO Lyon, organisent un Philostival chaque année et il aura lieu à Lyon :

    les 14 et 15 juin 2014.

    Le thème est:

    "Il y a des actes socratiques chez les philosophes et quels sont-ils?"

     

    A Lyon, deux cafés-philo ont lieu le deuxième Samedi de chaque mois, pour parler des propositions ou des questions posées par des participants. Débats culturels et scientifiques, éthiques avec parfois des pièces de théâtre, des films, sont l'occasion de faire des cafés-philo qu'animent des philosophes. Cependant, la forme des cafés-philo socratiques est préférée, avec des discussions à visée philosophique, tels qu'ils furent inventés par Marc Sautet et Michel Tozzi entre autres.

     

    Des cafés-philo et randonnées-philo se font aussi à l'extérieur de Lyon.

    Renseignements sur le blog ou par téléphone :

    06-78-84-14-83

    ou par mail: g.dru@orange.fr

     

    imagesF4PAT9UY.jpgDeux séminaires de lecture sont ouverts les 2ème et 4ème vendredi de chaque mois, de 18 heures  à 20 heures. Le premier séminaire propose une lecture du "Traité théologico-politique" de Baruch Spinoza.

    S'informer au: 06-78-84-14-83.

    Le deuxième propose la lecture d'un Séminaire de Jacques Lacan: "L'éthique de la psychanalyse", qu'il fit à Paris en 1959-60.

    S'informer au: 06-88-22-73-91.

     

    imagesTQFPKMS3.jpgLe samedi 8 mars 2014 sera l’occasion de rendre hommage au philosophe d'Athènes Socrate avec tous les fidèles de sa philosophie. Une pièce de théâtre de Hugo Verrecchia:"Socrate", sera lue et un film de Yannis Youlountas sera visionné: "Ne vivons pas comme des esclaves", sur la crise actuelle de la Grèce. Ainsi chaque année nous rendons hommage au philosophe Socrate condamné à mort, qui mourut en mars 399 avant J.C. L'entrée est libre et gratuite à tous les cafés-philo.

     

    sans-titre.png16ème rencontre des Nouvelles Pratiques philosophiques du 25 au 27 juillet 2014, animée avec Michel Tozzi, qui aura lieu au Moulin du Chapitre à Sorèze. Tout participant des cafés-philo peut s'inscrire, pour y rencontrer les autres animatrices et animateurs de France et d'ailleurs. Les thèmes proposés : "De l'affect au concept : aller-retour" et "Philosophie et connaissance de soi", ont été choisis pour fondement des débats.

    Il est demandé de s'inscrire à l'avance auprès de:

    michel.tozzi@orange.fr

    Un covoiturage peut se prévoir de Lyon à Sorèze.

     

    sans-titre.pngMichel Tozzi a publié plusieurs livres, dont le dernier paru: "Nouvelles pratiques philosophiques", Editions chroniques sociales, Lyon, 2012.

     

  • La philosophie Arabo-musulmane

     

    LA PHILOSOPHIE ARABO-MUSULMANE.

     

    Ouverture

     

     

    Nous allonaverroes.pngs voir dans cette présentation de la philosophie arabe, qu’elle peut se rencontrer sous des titres divers. Philosophie gréco-arabe, philosophie musulmane et philosophie islamique.

     

    "La philosophie arabe" serait le meilleur titre à donner, parce qu’une majeure partie de cette philosophie fut écrite et s’écrit encore dans cette langue, même lorsqu’elle est accompagnée par le Coran. Mais je remarque que dans ce cadre des révélations coraniques, la philosophie n’a pu prendre de distance et devenir indépendante de la religion musulmane, ni réfuter aucune de ses valeurs morales. Pour cette raison, d’une part nous trouvons la philosophie gréco-arabe et d’autre part la philosophie musulmane.

     

    C’est avec Averroès, mort en 1198, que se remarque cette limite qui sépare les deux. Après il est difficile de trouver de véritables systèmes philosophiques fondés sur une dialectique, ou qui seraient éloignés de la religion musulmane. Averroès était le Commentateur du Philosophe, Aristote, fondateur d’un système cosmologique et d’une psychologie de tous les êtres vivants. Donc, nous verrons l’influence, ou mieux, les emprunts que faisaient les "latini", les théologiens, aux philosophes arabes, comme un Albert le Grand et un Thomas d’Aquin, à Avicenne. Puis nous verrons comment se répandit la philosophie des grecs, d’Aristote à Plotin, dans la langue arabe. En particulier à Bagdad au VIIIème siècle de l’ère chrétienne.

     

    Ensuite, à la fin de l’exposé, un bref survol permet de voir comment des historiens de la philosophie permirent d’entrer dans cette autre civilisation arabe, avec les travaux qu’ils firent tout au long du XXème siècle. Cela permet de mieux comprendre, c'est-à-dire, de nouer les trésors spirituels et culturels, qu’ont conservés la langue arabe et la philosophie musulmane. Dans la mesure du possible, nous avons suivi une approche holiste, pour laisser de côté les approches apologétiques. A cette présentation devraient s’ajouter d’autres articles philosophiques sur Ibn Sina et Ibn Rushd, entre autres.

     

     

    imagesCA5ID4M6.jpgLa philosophie gréco-arabe, qui est commune à la philosophie européenne, est celle que nous voulons présenter dans cette ouverture. D’avance, je m’excuse auprès des spécialistes orientalistes, pour mes faibles connaissances en la matière sur la culture arabo-musulmane. Celle-ci reste encore une inconnue pour la plupart de nos contemporains. Un grand nombre de raisons font qu’il en est ainsi, bien que les ambitions coloniales aient disparues et que la définition des nations indépendantes soit généralisée toute la surface de la Terre. Mais subsistent des clivages nouveaux, comme ceux des pays alignés et des pays non-alignés et toujours la grande distinction entre le orientaux et les occidentaux. Une unique politique mondiale, n’est qu’un rêve chez des individus qui ont la faiblesse de ne savoir supporter la multiplicité des points de vue et qui réduisent toutes les traditions culturelles et leur résistance, soit par une idéologie, soit par la transformation technique du monde.

     

    Les arabes, peuple venu d’Orient et de l’Asie, s’implantèrent en Afrique du Nord, remontèrent en Espagne et dans le Sud de l’Italie et de la France. Dans le Haut Moyen Age, il y eut multiples emprunts culturels et scientifiques, effectués par l’Empire Germanique et l’église de Rome aux sources arabo-musulmanes. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny de 1122 à 1156, demanda que l’on traduise le Coran de l’arabe en latin, traduction qui fut faite en Espagne. A partir du XIème siècle, jusqu’au XIVème siècle, il est difficile d’ignorer la présence des multiples traces de la pensée scientifique et philosophique gréco-arabe. Abélard, Albert le Grand, Guillaume d’Auvergne, Thomas d'Aquin, entre autres philosophes, se référaient à la philosophie arabe, surtout pour parfaire leurs connaissances de la philosophie d’Aristote. Mais aujourd'hui, certains intellectuels semblent vouloir ignorer les apports de la philosophie gréco-arabe, que les latini importèrent dans leurs enseignements. Au contraire, le théologien Ernest Renan, rendit compte au XIXème de la polémique de “l’Averroïsme latin”, propagée sur Siger de Brabant, qui causa une condamnation de 219 articles philosophiques, en Mars 1277, jugés hérétiques. L’enquête fut conduite par Etienne Templier, évêque de Paris.

     

    imagesCAO8XIPT.jpgLa philosophie gréco-latine et gréco-arabe que connaissaient les latini était celle d’Aristote, qui était le disciple du “divin Platon”. Ce titre, lui avait été donné par l’école d’Alexandrie. Trois écoles étaient alors réputées : Athènes, Antioche et Alexandrie. Pour les philosophes médiévaux, la philosophie gréco-latine était d’abord transmise par Boèce, l’auteur de : “La consolation philosophique”. Il avait traduit du grec au latin, “Les seconds analytiques” d’Aristote, auxquels s’ajoutaient les écrits de Porphyre sur la logique d’Aristote. La référence de Boèce était considérable pour les philosophes médiévaux, car il avait fait ses études à l’école d’Athènes. Mais il eut un triste sort, fut condamné et exécuté par son tyran Théodoric, en 525. Cette transmission de la philosophie gréco-latine aux philosophes du Moyen Age, se limitait aux livres de logique du Philosophe. Les autres livres d’Aristote, comme le traité de l’âme, la physique, le traité des animaux, la métaphysique, les deux livres de l’éthique, les traités d’économie, de rhétorique, de poésie, de politique et le pseudo-traité de théologie, n’étaient pas encore connus ou pas traduits du grec au latin. En réalité, la théologie d'Aristote serait une attribution erronée, d'après A.M. Goichon.

     

    Or, les philosophes arabes les connaissaient déjà par Al-Kindi, traduits dans leur langue, souvent en provenance du syriaque, par des traductions qui étaient faites à Damas. Pour cette raison, la richesse des bibliothèques arabes, surtout à Bagdad, grand centre des traductions du grec à l'arabe, contenaient des connaissances scientifiques inédites et très appréciées par les latini, mais aussi des erreurs. De cette source très appréciée par Albert le Grand se transmettait les connaissances aux étudiants de Paris. Mais, son élève, Thomas d’Aquin, dut corriger les erreurs d’Averroès, le Commentateur d’Aristote.

     

    Un préjugé doit être examiné maintenant, car il établit comme une imagesCAZSNGDO.jpgévidence, que la présence du Coran, le Livre qui est à l’origine de la religion musulmane et en constitue sa base dogmatique et théologique, aurait fini par neutraliser et écarter les sources de la philosophie grecque et latine. Les deux autres religions monothéistes, juives et chrétiennes, les auraient au contraire gardées, en raison du fait qu’elles eurent un fond linguistique commun, celui du logos grec. La religion musulmane aurait absorbé, sans la distinguer à part, la philosophie gréco-arabe et l’aurait ainsi assimilée avec l’organisation culturelle et sociale du Coran, dans la perspective d’une cité musulmane universelle. Mais, ce n'est pas ce propos qui doit être développé maintenant.

     

    Du XIème siècle au XIVème siècle, l’église de Rome établissait son pouvoir spirituel et sa juridiction, avec une ambition qui visait aussi l’universalité, fondée sur les enseignements des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont les origines étaient bien enracinées dans la "koiné" grecque par les Pères de l'église, comme un Paul de Tarse. Mais la philosophie, n'était jamais considérée autrement par les latini, que comme la servante de la théologie.

     

    Comme nous l’avons dit plus haut, des erreurs avaient été relevées par Thomas d’Aquin, dans la philosophie traduite de l’arabe au latin et surtout en provenance de Cordoue. Averroès n’aurait pas lu Aristote, comme les latini le lisaient, avec leurs nouvelles traductions du grec au latin. Les commentaires des traités et de la métaphysique d’Aristote, que faisait Averroès, qui argumentait  sur l’éternité du monde, le mono-psychisme et la béatitude de l'âme, prenaient l’allure d’un scandale avec Bonaventure.

     

    Ceux-là donnèrent l’occasion de nombreuses crises à l’Université de Paris. La première eut lieu en 1270 et la seconde en 1277, toutes les deux sous l’autorité de l’évêque de Paris Etienne Tempier. Il obtint la condamnation de 219 articles de philosophie jugés hérétiques. Les philosophes Siger de Brabant et Boèce de Dacie prirent la fuite pour ne pas être jugés par les inquisiteurs. Ils étaient des averroïstes convaincus et avaient écrit des traités qui contenaient les erreurs du Commentateur Averroès.

     

    En 1270, la crise avait déjà proposé la condamnation des articles philosophiques, cimagesCAVZZTWS.jpge qui donna à Thomas d’Aquin l’occasion d’être rappelé de Naples à Paris, pour y enseigner une deuxième fois et d’écrire son livre polémique contre Averroès. Il fallait faire oublier cette philosophie du philosophe arabe, à cause des erreurs signalées par Thomas ; c’était une nécessité pour l'église du Christ Jésus de Nazareth. Donc, après Thomas, la philosophie d’Aristote transmise par les latini serait corrigée des erreurs du philosophe arabe. De fait, Aristote ne pouvait pas connaître les prémices de la théologie chrétienne, transmises au premier siècle par les épîtres de Paul de Tarse, de Pierre et de Jean. Voie ouverte par des fondements de  christologie et de sotériologie, dont les Pères de l’Église avaient reçu et transmis l’héritage. Ceux-là n’étaient pas destinés à entrer dans le message de l’Islam. C’est ainsi que s’élevait une véritable domination historique de l’église de Rome, voire des églises, chargée d’une espérance universelle, qui s’exprime encore dans l’islamophobie de nos jours.

     

    Maintenant, nous entrons dans le domaine de la philosophie gréco-latine que connaissaient les philosophes arabes depuis le VIIIème siècle, jusqu’au XIIème siècle et qui avait une bonne considération pour les théologiens philosophes. Averroès mourut en 1198 et la philosophie des musulmans n’était pas atteinte par les erreurs que dénonçaient les latini au cours la seconde moitié du XIIIème siècle.

     

    D’ores et déjà, nous relevons certaines variantes des interprétations chez différents auteurs, car dans un article, Jacques Derrida, philosophe, rapporte que les philosophes arabes n’avaient pas retenu la pensée politique d’Aristote. Mais, Abdurrahmân Badawi, traducteur et éditeur des textes anciens de la philosophie gréco-arabe, cite un ouvrage qui recueillait les sentences d’Al-Mubassin, qui montrait un Aristote soucieux de politique, à cause de ses relations étroites avec son disciple Alexandre le Grand. Nous pouvons supposer que la politique, qu’elle fut pratique ou spéculative, déterminait les niveaux du comportement pour les grecs et les romains, selon leur groupe d’appartenance de citoyens libres ou esclaves.

     

    Comme les philosophes médiévaux appréciaient la science des arabes, les philosophes arabes avaient estimé la science des philosophes grecs. Citons maintenant :"La métaphysique du Shifâ", aussi appelée : "Le livre de la guérison". Il fut traduit à Tolède vers 1130, par Gundissalinus, qui écrivait en latin une traduction castillane de Jean de Séville, un juif converti, Ibn Dawûd, qui lisait l'arabe. Ibn Sinâ, l’auteur du Shifâ, nommé Avicenne par les latini, mourut en 1037. Mais sa métaphysique connut une grande importance, pour ainsi dire égale à celle d’Aristote et ne fut traduite qu’au cours du XIIIème siècle. Avant d’écrire le "Shifà, écrit de jeunesse, Ibn Sinâ, médecin, aurait lu, selon ses propres dires, la métaphysique d’Aristote quarante fois. A.M. Goichon, qui publia en 1933 son étude sur la philosophie d'Ibn Sinâ, remarque que “l’apport néo-platonicien d’Avicenne trouvait un terrain plus préparé que son apport aristotélicien”. Etienne Gilson remarquait aussi, “Dans l’état actuel de nos connaissances, on ne peut citer un philosophe chrétien du XIIème siècle, qui ait suivi la doctrine d’Avicenne jusqu’au bout”.

     

    Sans être en mesure de bien savoir traiter la question des traductions des livres arabes en latin, nous allons donner quelques indications sur les traductions des sources de la philosophie grecque en syriaque et en arabe. Le problème de la traduction des livres grecs à l’arabe se faisait avec plusieurs livres du même texte. Sur la base de ceux-ci, le traducteur établissait un nouveau texte dans la langue grecque, avant de traduire son texte en arabe.

     

    imagesCA4FAV7G.jpgLa littérature était abondante pour faire des traductions, gréco-arabes, qui provenaient des sources syriaques ou grecques. Du grec, les sources syriaques aurait été traduites par des chrétiens de Syrie. Donc, par cette voie, la philosophie des grecs étaient passée, soit par le syriaque ou l’arabe. Ainsi, l’on découvrit un grand nombre de livres apocryphes, qui étaient attribués à Platon et Aristote. Ceux-là remplissaient les bibliothèques de Bagdad, qui était le grand centre des traductions de livres en arabe.

     

    L’opinion ordinaire voudrait que la philosophie des grecs, traduite par les arabes, en offre la restitution exacte. Or, ce n’est pas le cas, car les traducteurs y apportaient des modifications de vocabulaire, propre au génie de leur langue sémitique. Mais aussi, des livres d'auteurs  inconnus ont été retrouvés dans les bibliothèques arabes. Sur la fortune de ces fonds de la philosophie des grecs, une nouvelle philosophie plus authentique et plus proche du génie scientifique des arabes, s’était instituée dans les écoles, avec les grands maîtres, dont les noms ne sont pas tous connus. D’ailleurs, pour se rendre compte de ces variations, il suffit de lire: "Les sentences de Socrate pour guérir les tristesses", composées par Al-Kindi et publiées en français. Un riche talent de l'écriture comble le lecteur de bonheur.

     

     

    Innovations, paraphrases, commentaires étaient des formes courantes de la composition chez les philosophes arabes. Mais je ne peux entrer ici dans le détail et l’analyse de ces différentes pratiques de l'écriture. Je renvoie donc au livre d’Abdurrahmân Badawi : “La transmisson de la philosophie grecque au monde arabe” . Dans ce livre, l’auteur qui est aussi l'éditeur des auteurs arabes, rend compte des philosophes grecs qui ont marqué d’une acculturation hellénistique les philosophes arabes. Il y remarque que Platon fut moins traduit que Plotin et Aristote, dont les livres, surtout de logique et de rhétorique, connurent une influence authentique. Des livres apocryphes circulaient aussi, en provenance d’Alexandrie, que les philosophes et les théologiens commentaient ou citaient, comme: “Le livre des causes ” et "Le livre des 24 philosophes", très connus dans la littérature du haut Moyen-Age.

     

    La philosophie des arabes se serait arrêtée après la mort d'Averroès. Mais, la philosophie des arabes ne fut pas absente de l’histoire de la théologie chrétienne, qui pouvait alors : “suivre Aristote jusqu’à un certain point”. “Reste que dans cette théologie de l’histoire de la philosophie, le seul héritier de l’hellénisme, est le christianisme” nous dit Alain de Libera, historien de la philosophie médiévale.

     

     

    Cette occultation s’était faite sous la domination des deux religions chrétienne et musulmane. Remarque qui peut n’être qu’arbitraire, si elle n’est pas suivie par d’autres explications. Comme nous l’avons dit plus haut, Thomas d’Aquin, Docteur angélique, qui avait ouvert sa polémique contre Averroès, qui était mort en 1274, fut canonisé en 1323. Puis, sa philosophie fut proclamée officielle par l’Eglise de Rome, alors que les averroïstes étaient poursuivis et condamnés au même titre que les autres hérétiques. Or, il fallait attendre en Europe, le XIXème siècle et le philosophe Hegel pour commencer à introduire la philosophie de la religion et une histoire de la philosophie de l'Esprit. Au cours de ce même siècle, le théologien radical Ernest Renan ouvrit une enquête sur l’averroïsme latin. Mais sa version des faits est restée très controversée. D’autres auteurs ont fait des études, comme le dominicain Pierre Mandonnet sur: "Siger de Brabant et l’averroïsme latin". Puis en 1905, Léon Gauthier découvrait Averroès au Maroc et en commença une traduction de l’arabe au français. Vers 1930, A.M.Goichon, dans un travail d’analyse qu’elle fit sur Avicenne redécouvrit à nouveau la profondeur de la métaphysique du Shifà.  Avicenne, le philosophe de référence pour les théologiens du XIII siècle, surtout pour Albert le Grand et Thomas d’Aquin, parce que sa métaphysique, appuyée sur celle du Philosophe, contenait aussi les apports du néoplatonisme. Elle fit la découverte que fut attribuée à Aristote une théologie empruntée aux Ennéades de Plotin. En1937 l’on célébra le millénaire de la mort du grand philosophe arabe et  alors ce fut l’occasion pour les orientalistes arabisants, comme Louis Gardet et Georges C. Anawati de contribuer à la découverte des livres de Ibn Sinâ, "à qui ses contemporains faisaient l'honneur de lui décerner le titre de "Prince" (ar-ra'is)". Georges C. Anawati traduisit "La métaphysique du Shifà" de l’arabe au français et plus tard Henri Corbin, apporta de nouvelles contributions qui permirent de découvrir les autres faces iraniennes de l’œuvre du philosophe arabe.

     

     

    De fait, la philosophie arabo-hellénistique ne pouvait signer la fin de averroes 2.jpgla philosophie musulmane. En 1939, Henri Corbin, après avoir appris la phénoménologie au contact de ses traductions des conférences de Heidegger sur: "Qu'est-ce que la métaphysique", partit à Istanbul pour y découvrir la philosophie islamique. Puis c’est à Téhéran qu’il continua une enquête de découvreur et de passeur du Shî’isme duodécimain, de la gnose ismaélienne  et  du Kalam sunnite. Ainsi il découvrit une philosophie prophétique, qui préexistait à la philosophie gréco-syriaque et qui fut reprise par le prophétisme islamique. Puis Henri Corbin succéda à Louis Massignon à l’école des hautes études et le nombre de ses travaux sur la philosophie islamique recouvre maintenant toute l’histoire de cette philosophie écrite en persan et en arabe, qui n’était pas encore transmise à nos écoles européennes. Une riche réserve spirituelle, qui est sans commune mesure avec ce que nous croyons savoir de l’Islam, restait alors ignorée de nos Universités occidentales. Mais, les préjugés sont impuissants pour rendre compte de la vie spirituelle, s’ils ont d’abord l’intention de la détruire.

     

    En conclusion, de ce parcours trop superficiel de ce qui devient maintenant: "La philosophie islamique", puisque les termes de "La philosophie arabe" ne sont plus appropriés pour l’exprimer. La philosophie arabe, nous l'avons dit, s’appuyait sur le savoir grec traduit en langue syriaque par les chrétiens, puis en arabe, voire en arabe directement.

     

    Averroès était le commentateur d’Aristote et le plus fidèle de tous les philosophes pour reproduire le sens de la rationalité d’école du philosophe de Stagire. Les grands dialogues de Platon furent connus plus tard, après Aristote. Le déclin chez les arabes de la science des grecs serait dû à une prévalence du prophétisme et de l’imamologie. En raison de cela, la référence au prophète est capitale pour comprendre la science divine, dont les hommes sont les destinataires, qu'ils soient lecteurs du Coran ou auditeurs des imams. Dans le contexte actuel de la culture arabo-musulmane du monde musulman, l’Islam aurait à subir un autre déclin par rapport au savoir du Prophète Muhammad et des imams, sous la pression des préjugés modernes à qui manquent les références. Donc, nous avons toujours à apprendre des richesses de l’Islam des prophètes et des imams et c’est certainement ce que notre modernité s’efforce de ne pas recevoir. Or, les théologies juives, chrétiennes et musulmanes, sont autant d’œuvres à déconstruire que la philosophie platonicienne.

     

    Toutes les théologies et l’Islam aussi, gardent des contenus spirituels qui ont des valeurs éthiques pour des héritiers qui ont la vocation et la force de les assumer. Après, pour les témoins de la véritable vie spirituelle qu'elles contiennent, quand elle est reconnue, elles deviennent une vérité essentielle pour vivre avec les autres, l'espérance d'une vie éclairée par l'amour et la raison.

     

    Lyon le, 27 août 2013.