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HOMMAGE A MARC SAUTET

HOMMAGE A MARC SAUTET

 

Marseille le 20 12 2014

Chers amis animateurs de cafés-philo

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L’année se termine dans les fêtes traditionnelles. « Himéros, art et philosophie » a bien rempli son année de diverses manifestations de nouvelles pratiques philosophiques prouvant que l’œuvre de Marc Sautet ne s’est pas éteinte avec lui, que son âme repose en paix. C’était mon grand ami et mon maître, malheureusement j’ai assisté à ses derniers jours en son centre de soins palliatifs, où il n’était plus que l’ombre de lui-même, zombi sous l’effet narcotique des médicaments sédatifs.

Nous avons tous dans les NPP une dette symbolique envers lui et je regrette vivement qu’on n’y rappelle pas assez souvent sa mémoire. Cela fera bientôt dix-sept ans qu’il nous a quitté pour un au-delà, réel pour les croyants, mais douteux pour les agnostiques.

Cependant, il peut et doit rester dans notre devoir de mémoire, c’est pour cela que je te demande qu’à l’occasion de l’anniversaire de sa mort en mars 1998, à votre Café-philo en mars 2015, comme je le ferai à Himéros, art et philosophie de Marseille, tu commémores cette date en rappelant ses initiatives innovantes : consultations philosophiques, cafés philosophiques pour adultes et enfants, dîners philosophiques à la manière du « Banquet » de Platon, écriture philosophique avec sa revue « Philos ».

Rappelle aussi son œuvre philosophique éditée : Sa thèse sur Nietzsche, ses livres : « Un café pour Socrate » et « Les philosophes à la question de l’émancipation de la femme ».

Marc Sautet fut le fondateur d’une grande école de philosophie populaire retournant au dialogue sur l’agora, école qui a survécu à la mort de son initiateur et qui au contraire n’a fait que de se développer.

Ce retour aux sources antiques de la philosophie sans distinction de diplôme, de condition sociale de ses élèves vint à un moment de l’Histoire de notre civilisation où les hommes sombraient dans un état exclusif de producteur-consommateur, faisant d’eux des instruments, des objets perdant toute subjectivité réflexive. Marc Sautet l’avait bien compris, comme il l’explique dans son livre « Un café pour Socrate ».

Marc Sautet était un sportif véliplanchiste, une personnalité affable, conviviale, un meneur d’hommes charismatique qui respectait la démocratie dans son association « Philos » dont j’étais un membre adhérent assidu et fidèle. Sa revue « Philos », dont il était le rédacteur en chef, fut la première traitant des nouvelles pratiques philosophiques, depuis d’autres se sont créées à travers toute la France en suivant son modèle.

Marc Sautet fut le héraut de la philosophie populaire et son missi dominici arpentant toute la France, l’Europe et le Monde pour aller animer et inaugurer de nouveaux cafés philosophiques, il est allé jusqu’au Japon et en Amérique du Sud, porte drapeau des nouvelles pratiques philosophiques. Ce fut l’ambassadeur d’une nouvelle façon de philosopher collectivement pour faire advenir un consensus, des médiations par des symboles unificateurs propres à médiatiser le diabole qui divise.

Marc Sautet était un être universel, préfigurant un futur Monde où les polémiques se résolvent par la diplomatie inhérente à la raison, au logos. Face à l’hubrys des affrontements politiques, commerciaux et financiers spéculatifs, Marc préconisait la dialectique, la quête d’un sens consensuel, conciliant les antinomies, c’était un défi, une gageure, mais ça valait le coup de le tenter dans un Monde où l’on ne se parle plus mais où l’on se contente de communiquer.

La parole n’ayant rien à voir avec la communication, la parole est subjective, la communication n’est qu’objective et instrumentalisation. Les politiques le savent bien, eux qui usent des services des nouveaux sophistes, que l’on appelle les communicologues qui leur apprennent les moyens de manipuler les foules pour qu’elles deviennent leurs électeurs.

L’œuvre de Marc Sautet est de salut public en nos temps contemporains de conditionnement systématique matraqué par la publicité et les médias et qui réduit les hommes à n’être plus que des chiens de Pavlov. Marc Sautet a été un médium sensible au malaise de la civilisation qui a initié un sursaut visant à faire que le démos se réapproprie la parole que les technocrates lui avaient confisquée.

Notre mouvement des nouvelles pratiques philosophiques est une de voies de manifestation de la démocratie directe qui était spécifique de l’Athènes antique du temps de son âge d’or. Mais les NPP ne traitent pas que de politique, elles n’en oublient pas l’éthique, la métaphysique et l’esthétique sinon à moindre échelle l’épistémologie.

Cet hommage rendu à Marc Sautet me semble nécessaire, afin que l’on n’oublie pas le fondateur des nouvelles pratiques philosophiques, ce qui serait faire preuve d’an-historicité, ce qui est la marque de toutes les civilisations décadentes et qui est la source de toutes les nouvelles maladies de l’âme que ne manquent pas de constater les psys de tous poils que consultent nos contemporains en mal de racines.

Amicalement.

Fernand Reymond,

Président de « Himéros, art
et philosophie » à Marseille.

 

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