Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

LANGUE ET PAROLE Café-philo du 8 juin 2013

 

 

 

LANGUE ET PAROLE

Michel Granger, 8 juin 2013

 

8777023-enfant-portant-des-lunettes-et-des-lettres-de-l-39-alphabet-sur-le-fond.jpg 

• Cicéron, Traité des devoirs (in Les Stoïciens, Pléiade, 513)

 

Le lien de cette société, c’est la raison et le langage ; grâce à eux, on s’instruit et l’on enseigne, l’on communique, l’on discute, l’on juge, ce qui rapproche les hommes les uns des autres et les unit dans une sorte de société naturelle ; rien ne les éloigne plus de la nature des bêtes, à qui nous attribuons souvent le courage, aux chevaux par exemple ou aux lions, mais non pas la justice, l’équité ou la bonté ; c’est qu’elles ne possèdent ni raison ni langage. Cette société est largement ouverte ; elle est société des hommes avec les hommes, de tous avec tous ; en elle il faut maintenir communs tous les biens que la nature a produits à l’usage commun de l’homme (…)

 

• Roland Gori, La dignité de penser (Les Liens qui Libèrent, 2011) :

 

[…] Ce désir de mort, c’est celui-là même que produit la société de consommation lorsqu’elle inverse les valeurs et renverse les significations des mots de la langue : désobéir devient une manière d’obéir ; la liberté et l’égalité résultent d’obligations prescrites par le pouvoir ; la tolérance ne se déduit plus d’une intention morale, mais constitue une servitude comportementale produisant de nouvelles formes d’intolérance, etc. (p. 100)

 

Du langage infecté par la technique et le marché :

 

Les dispositifs de fabrique de la subjectivité et du vivre ensemble que constituent ces nouvelles formes de civilisation passent par l’extension culturelle du langage de l’entreprise qui capte et modèle le vivant dans des discours administratifs, bureaucratiques et techniques. (p. 102-103)

 

[…] ce langage purement fonctionnel, technique, sans expressivité, quasi anonyme, abolissant les particularismes autant que les singularités […] Il suffit de se reporter aux « grilles d’évaluation » en psychiatrie et ailleurs pour se rendre compte de la disparition quasi complète du sujet, de son histoire, du sens de son existence et de ses symptômes, au profit d’un langage technique, faussement objectif … (p. 105-106)

 

• Henry D. Thoreau, Walden (trad. B. Matthieussent, Le Mot et le Reste, 2011) :

 

L’étudiant peut lire Homère ou Eschyle en grec sans risquer de s’abandonner à la dissipation ou à la volupté, car ces lectures impliquent que dans une certaine mesure l’étudiant imite leurs héros et consacre ses heures matinales à leurs pages. Les livres héroïques, même imprimés dans notre langue maternelle, seront toujours dans une langue morte pour les époques dégénérées ; et nous devons chercher laborieusement le sens de chaque mot et de chaque vers, en imaginant une signification plus vaste que l’usage commun ne l’autorise au regard de notre sagesse, de notre valeur et de notre générosité. L’édition, bon marché et prolifique, avec toutes ses traductions, n’a pas fait grand-chose pour nous rapprocher des auteurs héroïques de l’Antiquité. Ils semblent aussi solitaires, et les caractères dans lesquels ils sont imprimés aussi rares et curieux que jamais. Il est digne de consacrer certains jours de sa jeunesse et des heures précieuses pour apprendre ne serait-ce que quelques mots d’une langue ancienne, lesquels s’extraient de la trivialité de la rue pour devenir de perpétuelles évocations et provocations. (p. 108)

 

Ces choses pour l’instant indicibles, nous les trouverons peut-être énoncées quelque part. Ces questions qui nous troublent, nous laissent perplexes et confondus, tous les sages se les sont déjà posées ; aucune n’a été omise ; et chacun de ces sages, par ses paroles et ses actes, y a répondu selon ses capacités. (p. 115)

 

L’existence des hiboux me réjouit. Qu’ils poussent pour les hommes leurs hululements imbéciles et maniaques. C’est un son qui convient admirablement aux marécages et aux bois obscurs qui ne connaissent pas la lumière du jour, suggérant une vaste nature encore primitive que les hommes n’ont toujours pas reconnue. Ils incarnent les pensées insatisfaites, sombres et crépusculaires que nous avons tous. (p. 133)

 

C’est une exigence ridicule de la part de l’Angleterre et de l’Amérique, que de vous sommer de parler pour qu’on puisse vous comprendre. […] Je crains surtout que mon expression ne soit pas assez extra-vagante, qu’elle ne s’aventure pas suffisamment loin des étroites limites de mon expérience quotidienne, afin de se tenir au plus près de la vérité dont j’ai été convaincu. […] Je désire trouver où parler hors limites ; en homme éveillé, s’adressant à des hommes éveillés ; car je suis convaincu que je ne peux trop exagérer, même pour poser les fondations d’une expression vraie. Qui, après avoir entendu quelques accords de musique, craignit jamais de parler ensuite avec extravagance ? […]

 

Pourquoi toujours descendre jusqu’à nos perceptions les plus émoussées, et les louer comme incarnant le bon sens ? Le sens le plus commun est celui des dormeurs, qu’ils expriment en ronflant. […]

 

Je ne crois pas avoir abouti à l’obscurité, mais je serai fier qu’à cet égard one ne trouvât pas dans mes pages de défaut plus grave qu’il n’en fut trouvé dans la glace de Walden. (p. 327-328)

 

 

 

Les commentaires sont fermés.