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"La désobéissance", Compte-rendu du souper-Philo du 26 novembre 2011

COMPTE-RENDU DU SOUPER PHIL

DU 26 NOVEMBRE 2011

 

THEME : "La Désobéissance"

Nombre de présents : 20 

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La rencontre a débuté par la projection d’un passage du film documentaire sur la "Désobéissance civile" (film de Louis Campana), abordant le sujet sous l’angle historique, juridique et philosophique.

     Georges Dru a ensuite donné des indications étymologiques à propos des verbes obéir et désobéir, et une définition du concept de désobéissance. Cela a permis de lancer le débat, qui s’est engagé principalement sur l’aspect social et politique, à travers quelques exemples concrets tirés de l’histoire de certains peuples (Inde, Afrique du Sud, Amérique…), ainsi que de l’actualité.

     Nous pouvons citer certaines phrases recueillies pendant ce débat :

 "Obéir, c’est rester dans le droit chemin, désobéir, c’est prendre des risques»

"La désobéissance est-elle toujours suffisante ?"

"La désobéissance engendre la violence. Y a-t-il des violences légitimes ?"

"Parfois, une forme de violence est nécessaire pour se faire entendre, pour permettre le débat"

"On entre en désobéissance, car on a des convictions"

"La désobéissance comme refus pacifique de ce qui ne correspond plus à nos valeurs, est-elle encore suffisante aujourd'hui ?"

"Quand on n’est pas le plus fort, on peut être le plus malin ; quels sont les chemins de traverse ?"

"Le savoir peut-il aider à stopper l’impression de fatalité imposée par un pouvoir tyrannique et/ou totalitaire ?"

"La désobéissance peut-elle conduire à la mise en place d’autres alternatives, actives et constructives ?"

"La désobéissance, c’est une façon d’arrêter de subir ou l'inverse de tout le temps subir" : Désobéissance collective;

"Le mouvement de masse permet d’obtenir la négociation".

"Valeur de la désobéissance : S’élever contre l’indigence, l’indignité".

     Les échanges ont été très enrichissants, et se sont poursuivis avec un bon souper improvisé par tous les participants.

     Merci à Pierina pour ce rapport concis.

    Pauline m'a dit avant de partir : "Désobéissez, vous ne désobéirez jamais assez". C'est une provocation à laquelle je vais tenter de répondre.

     Pour ma part, j'y ajoute que le concept d'obéissance est entré dans la langue pour légiférer en 1120 l'église de Rome. Il provient du latin : "obœdire", qui signifie "écouter" en Hébreu, dans la Bible. Vers 1280, désobéir entre dans la langue, trois années après une grande crise théologique de la faculté de Paris.

     Des articles philosophiques sont condamnés par le pape à la demande de l'évêque Etienne Tempier. Dès lors ce concept a d'emblée une signification négative qui l'oppose à l'intentionnalité ecclésiastique et surtout à son infaillibilité. Cette grande crise dans l'Université de Paris en 1277 +9était causée par des philosophes, qui enseignaient la philosophie en provenance des commentaires d'Averroès, mort en 1198, qui transmettait la philosophie d'Aristote. Siger de Brabant en était le principal responsable et dut fuir Paris pour ne pas être sous les foudres de l'Inquisition.

     Désobéir n'a plus le même rapport au monde et je vais dire pourquoi : Les discours infaillibles sont lourds d'une intentionnalité cachée qui exige la soumission. Ils demandent au sujet de produire avec un ordre qui le rend coupable de ne pas obéir. Or, si l'ordre qui est donné met en jeu la vie du sujet, il cède et fait ce qui lui est demandé pour garder sa vie sauve. C'est ce que demandent tous les pouvoirs, sans même en réalité menacer le sujet de mort, mais souvent d'être privé d'une reconnaissance.

     La désobéissance peut être soupçonnée de déviance ou de faire acte de résistance, de surdité ou d'insoumission, de désertion... C'est de la qualité persuasive et infaillible de l'ordre que dépend la désobéissance, qui est soit une réaction juste, soit au contraire qu'elle serait animée d'une intention de détruire infaillible. C'était une parole d'Hitler : "Je veux une jeunesse infaillible et cruelle". Si une politique autorise la désobéissance et fait que le meurtre, la vengeance, la destruction soient permis sans jugement et sans discerner le bien du mal, elle devient irrecevable et sans loi devant la Loi.

     La désobéissance devient alors un devoir de survie pour tenter une sortie du cauchemar. Cette fuite signifie qu'il ne faut pas céder sur son désir, puisque la vie du sujet se voit menacée de mort par l'anti-loi. Pourquoi resterait-il, là privé de la reconnaissance par l'autre, dans une absence totale d'égalité et d'ouverture vers un futur nécessaire à la vie.

     Instaurer la confiance réciproque, c'est sortir de l'absurdité d'une situation invivable et dans ces conditions, la désobéissance trouve une face réelle positive. Les mystiques trouvent cette réciprocité de la béatitude infinie dans l'âme intellective, qui est le lieu de l'incarnation de la Parole de Dieu. Mais je puis dire que sans la connaissance que j'ai de la philosophie du Moyen Age, je ne pourrais écrire cela. Comme les philosophes contemporains le disent, maintenant, notre monde est désenchanté et surtout matérialiste et productif de valeurs financières et frappé de surimpressions, par l'infinité des discours des experts qui se présentent comme infaillibles aux médias.

     Merci pour m'avoir poussé à dire si loin dans la désobéissance, mon point de vue. Il ouvre à la vie politique et c'est bien sur ce fond qu'ont porté les propos de chacun, du point de vue social ou soit plus personnel. Je dirais que c'est la parole du sujet qui veut se faire connaître en raison du fait qu'il a reçu un nom commun, une fonction et des responsabilités...

     Donc, avec ou contre un ordre des choses, il rentre en action. Il peut aussi bien le faire que ne pas le faire et c'est sa jouissance de la vie qui vient toujours en premier. Or cette jouissance peut vouloir ou bien ignorer d'autrui, la vie.

     En face de l'absence d'amour, désobéir devient une nécessité et cela parce que c'est la tyrannie, la colère et le mépris qui défont la loi. Donc, il y a carence de Loi ou de Nom. Il n'y a plus de reconnaissance du nom et il n'y a plus que la violence dangereuse, meurtrière entre les groupes d’individus ou entre les individus. L'individu, sujet, réfléchit et c'est ce qui est insupportable dans une telle absence de politique ou règnent aussi une absence de règles juridiques. Les étrangers peuvent se trouver soumis à de telles inégalités, donc exposés à des conditions de survie qui les obligent à des actes de désobéissance sociale.

     Les immigrés, comme les déportés désobéissent pour retrouver dans l'intime ce qu'ils ont perdu, de droits et réclament avec plus ou moins de patience, que leur être de parole soit reconnu dans un pays d'accueil. La désobéissance fait symptôme où il y a une absence d'égalité des droits.

     Le mutisme en est une forme, comme voler ou se suicider. C'est la désobéissance des lieux concentration pénitenciers. En ce cas, le négatif ne vient pas de la seule désobéissance. Dans les limites du pouvoir si parler, échanger, vivre, tout cela devient interdit ou proscrit, alors la désobéissance devient fatalité ou une déviance qui détruit la vie du sujet et il renonce alors aux obligations véritables.

     Eichmann, pour sa défense, lors de son procès à Jérusalem, pouvait dire qu'il n'avait fait qu'obéir comme l'avait écrit Kant dans ses théories de philosophie morale. Désobéir serait donc la vérité pour la survie et qui s'opposerait à la violence du sacrifice humain, pour au contraire, imposer le respect du plus faible...

     La véritable obéissance devrait conduire chacun jusqu'à ce point d'une servitude aimante. Ceci dit, démontre qu'il est encore possible d'obéir à un mensonge, au lieu de désobéir par la loi de l'amour...

 

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