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  • La solitude

    La solitude.

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         Les participants du Café-philo du 26 septembre ont posé la question de la solitude. Elle est pénible lorsqu'elle n'est pas cherchée, mais survient suite à un conflit. Cela fait dire que la solitude n'a pas de sens et qu'il n'est pas bon à l'homme d'être seul et c'est pour cette raison que Dieu créa une femme pour le premier homme. Pourtant, les poètes se disent toujours seuls et notre monde actuel semble vouloir ignorer et briser les liens au niveau social et affectif.

     

         Dans nos sociétés dites modernes plus nombreuses sont les femmes qui assument seules des responsabilités professionnelles et des charges d'enfants. Les humains ne restent pas seuls et longtemps après être nés, à la différence des autres espèces animales. Ils peuvent recréer des liens familiaux qui ont une valeur sociale reconnue. C'est lorsqu'il y a rupture de leurs liens avec les enfants, le/la conjoint(e) ou le travail, que la solitude s'impose comme une épreuve difficile et non désirée. Si nous pensons qu'il n'est pas bon d'être seul, nous avons le devoir d'aider et de participer à la restauration des liens défaillants, surtout auprès des enfants, cela pour favoriser la culture du lien dans la famille et encore plus dans l'entreprise qui est une création collective pour assurer l'économie et justifier les formations professionnelles. Les dégradations de la guerre, des grèves et des licenciements, sont des menaces redoutables pour les liens, et la décision d'engager le dialogue avec l'adversaire, mieux que vouloir l'anéantir comme dans un match de boxe, permet de sortir du risque de mourir solitaire et sans âme.

     

         La solitude peut être utile. Mais, la solitude peut être subie, causée par la violence et le refus de la nécessité des liens fondés sur l'accueil et l'hospitalité d'autrui, base même de l'économie affective, sociale et politique.

     

         L'auteur de ces notes souhaite que d'autres puissent à leur tour, déposer leurs réflexions dans la foulée du café-philo. D'avance il les en remercie.

     

  • La philosophie, est-ce une affaire d'hommes?

     LA PHILOSOPHIE

    EST-CE UNE AFFAIRE D'HOMMES?

     

     

     

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      Bien sûr que non, c'est un fantasme que de croire cela. Mais, depuis les pytagoriciennes, y a  t-il eu d'autres philosophies faites par des femmes et pour les femmes? Certainement, mais nous les connaissons moins. La béguine du Hainaut, Marguerite Porète de Valencienne, était une théoricienne de l'âme et son livre fut brûlé en 1306, sous le règne de Philippe le Bel et elle fut condamnée et brûlée vive en présence des plus hautes autorités séculières, place de Grève à Paris le premier juin 1310. Si nous rapprochons les hérétiques et mystiques qui contrarièrent les maîtres de l'orthodoxie chrétienne, elles furent nombreuses à risquer les pires tourments par les inquisiteurs. En fait, la philosophie des femmes et faite par elles, a été insupportable aux hommes pendant longtemps. C'est sans doute ce qui donne cette impression que la philosophie est d'abord une affaire d'hommes.

     

         Dans les temps anciens, les femmes philosophes se limitaient à l'éthique de leur maison où elles régnaient souveraines. Pour s'en rendre compte , il faut lire:" De la mesure qui convient à la femme" de Phintys, une pytagorycienne. C'est un écrit lumineux où l'idéal de cet être femme est conçu sur une infaillibilité, qui l'emporte sur les travers des vies d'autres femmes soumises aux excès des plaisirs du corps. La boulimie ou l'anorexie, dont l'image du corps est devenue une mode en ce moment, n'avait pas sa place dans le regard des femmes pytagoriciennes.

     

          Une réelle philosophie des femmes, écrite par des femmes nous manque aujourd'hui, même dans le foisonnement des idées féministes des magazines pour femmes. La féminité est-elle un univers nécessairement clos? L'on sait que des hommes se font femmes et sont ainsi capables des deux attributs. Les femmes, en termes de puissance, sont les deux aussi et sans y perdre, puisqu'elles y gagnent des droits et peut-être moins de culpabilité. C'est un changement social important apporté par la science et qui fait que les règles morales de jadis deviennent plus ou moins obsolètes. La charge morale revient plus aux femmes en raison de la place qu'elles occupent pour les enfants qu'elles mettent au monde. L'enfant devait ressembler à son père, pour une femme grecque. Aujourd'hui, il y a moins de contraintes sur le désir de maternité ou celui d'avoir un enfant pour en être la mère.

     

         Dans ce que nous venons de voir, il y a trois points qui sont la base d'une philosophie propre à la femme: la sexualité, l'enfant et le travail. Pour la sexualité, la contraception permet de limiter le risque des grossesses répétées. Le désir d'enfant est mieux régulé par la médecine et la psychologie, qui apportent des solutions nouvelles. Le travail ouvre des possibilités de métiers pour les femmes, qui n'étaient réservés qu'aux hommes.

     

         Si la philosophie, on peut le déplorer, est une affaire d'hommes, c'est pour des raisons bien insuffisantes à l'égard de ce qu'ils doivent aux femmes pour exister. Leur existence est suspendue au désir des femmes, qui supposent que l'homme en est la cause. Le fait est que l'homme aussi croit en être la cause, et l'Amour sert à supporter cet artifice. Sans cet artifice, Aristote l'a bien vu, nous resterions dans la bestialité. L'on sait de quoi les hommes sont capables. Le rapt des Sabines et le Massacre des innocents en témoignent assez chez les peintres italiens de l'époque baroque. Le chiffre des femmes tuées et maltraitées par des hommes est encore impressionnant aujourd'hui.

     

         Les femmes sont aussi capables de vengeances et de cruautés. Pourtant elles cherchent toujours le savoir du côté des hommes philosophes, comme on peut le voir dans la correspondance de Elisabeth à Descartes, "qu'il faudrait lire comme un cauchemar", d'après Jacques Lacan. Parmi les femmes philosophes qui ont écrit pour les femmes, il y a Lou Andréas-Salomé d'abord initiée par Nietzsche à la philosophie et qui ensuite a été l'amie de Freud. Auteur, elle a écrit de nombreux textes (1). Si la philosophie est une affaire d'hommes et l'univers féminin un espace clos, il y a encore la possibilité de convenir qu'il y a l'espace d'une vérité commune, celle de la découverte freudienne du désir inconscient. L'affaire des femmes est toujours première, mais sous la domination d'un autre désir dont elles ont à se libérer, autant qu'elles le peuvent, pour faire entendre leur voix. Luce Irigaray, une lacanienne philosophe constate: "La femme ne parle jamais pareil. Ce qu'elle émet est fluent, fluctuant. Flouant. Et on ne l'écoute pas, sauf à y perdre le sens (du) propre. D'où les résistances à cette voix qui déborde le sujet". Alors la littérature et le discours philosophiques des femmes ont-ils d'autres destinataires que les femmes et les divinités? Sans être bien comprises dans leurs propos, les femmes sont avant tout considérées comme les objets curieux d'un "univers clos dans l'espace infini". Ou bien elles sont réduites à être  pliées avec le discours ambiant fait par des hommes. La tentative de se faire entendre dans les affaires des hommes est assez faible en dehors des romans, des films et des rêves.

     

         Pour conclure, je cite Jacques Lacan, qui écrivait en 1971 à ce propos : "Un homme et une femme peuvent s'entendre, je ne dis pas non. Ils peuvent, comme tels, s'entendre crier". Je souligne, que cette remarque est fondée sur l'expérience psychanalytique de son auteur. Aujourd'hui, peut-on trouver la preuve que la philosophie des femmes philosophes soit un discours qui pose en premier lieu un savoir spécifique de la féminité dans sa globalité?

     Georges Dru.

     

    (1) Lou Andréas-Salomé, Eros, Paris, 2000, Arguments, Les éditions de minuit.

         Lou Andréas- Salomé, Ma vie, Paris, 1997, P.U.F.

  • Difficile Liberté

    DIFFICILE LIBERTE

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          Voilà qui est bien dit par ce titre d'un des ouvrages de E. Lévinas. Autre auteur qui a travaillé sur la liberté et qui fait référence, c'est  F.W.J. Schelling, philosophe et contemporain de Hegel, l'auteur de la Phénoménolgie de l'Esprit. Le titre de l'essai de Shelling, c'est: Recherches philosophiqes sur l'essence de la liberté humaine et les sujets qui s'y rattachent. (1809).

     

          La personne qui proposa de parler de la Liberté commença par une affirmation: " Dans un foisonnement et une profusion des choses qui me sont proposées, je suis ce que je veux être par mes choix, mes goûts, mes sentiments qui sont les faits de l'expression de ma vie et de mon être..." Dans cette ouverture vers le sensible et la vie des sens, je choisis librement ce qui est bon  pour l'être que je suis dans ma destinée humaine. Mais remarquons que la destinée humaine n'est pas choisie, puisque la naissance est donnée avant le langage qui appelle le sujet à exister.

     

          En Mongolie, les mongols ne se posent pas de la même façon cette question de la Liberté. Ils ont pour modèle l'immense nature qui est sauvage et un climat hostile à la vie de tous les vivants végétaux et animaux. Une sécheresse peut y rompre l'équilibre et nier toute harmonie avec les dérèglements climatiques qui s' imposent par leur rigueur. Les mongols ont un rapport plus immédiat avec la nature et n'éprouvent pas le besoin de devoir la protéger comme les écologistes le font ailleurs dans le monde industriel. Là, la nature y est exploitée pour la consommation sous la pression du marché et de la crise financière.

     

          Une remarque d'un auteur est citée : "La couleur est l'affirmation première de la liberté humaine". En effet, sortir de la nuit, de l'obscurité, du cachot, de la culpabilité, c'est ce que la vie émet comme inlassable nécessité. La vie humaine ressent le besoin des couleurs offertes dans la lumière. Celles-là sont en rapport avec le principe du plaisir qui s'oriente avec le symbolique. Ce rapport  de la lumière aux couleurs est une clé pour comprendre la position du cynique Diogène et sa réplique au Tyran Alexandre le Grand, qui lui aurait dit : "Demande-moi ce que tu veux". Diogène lui aurait répondu : "Ote-toi de mon soleil". Il a été célébré comme le plus libre des philosophes en Grèce, parce qu'il vivait dans une simplicité absolue au plus près de la nature et voulait une éducation libre, qui repoussait activement celle de la civilisation et du pouvoir politique. Son exemple fut suivi par les chrétiens hérétiques et mystiques qui furent hostiles à l'Eglise au 12, 13 et 14ème siècles pourchassés par l'Inquisition et parfois condamnés à la prison ou au bûcher.

     

          La liberté est-elle un paradis perdu ou une utopie? Lorsque survient dans l'esprit l'idée que la perte de la vie est possible, elle peut être niée par l'effet d'un discours mensonger ou falsificateur, qui trompe et cache cette vérité que l'homme est mortel. Le syllogisme sur Socrate est devenu pour certains une ritournelle : "Tous les hommes sont mortels. Socrate est un homme, Socrate est mortel". Nous savons aussi les entraves sérieuses à la liberté que sont les maladies mentales, le malaise social de la précarité ou de l'exil et des régimes politiques liberticides.

     

         Pour conclure, je cite Shelling qui dit : "Sans doute, d'après un dire ancien, mais qui est loin d'être oublié, le concept de liberté serait absolument incompatible avec le système, et toute philosophie prétendant à l'unité et à la totalité devrait aboutir à la négation de la liberté". Le recentrage de la liberté sur la contemplation de la nature et de la vie animale s'oppose à la domination orgueilleuse et inquiétante de la planète terre comme source de la vie. Les menaces ne manquent pas, qu'elles soient écologiques ou proviennent de catastrophes naturelles ou biologiques, qui peuvent bouleverser l'équilibre des comportements généraux de la vie. La disparition des abeilles dûe aux pesticides entrainera la mort probable de nombreuses espèces végétales, en raison des échanges des pollens nécessaires à leur reproduction.  C'est à l'humanité politique que revient aujourd'hui la charge d'avoir les institutions qui soutiennent l'usage commun de la liberté pour la conservation des meilleures formes de la vie sur terre.

     

         Merci à ceux qui ont ouvert ce difficile débat et qui surent avec modestie le faire vivre dans un bon sens. D'autres remarques peuvent s'y ajouter, car pour traiter de cette difficile liberté..., il faudrait plus de temps et plusieurs débats.

     

    Georges Dru